Acceptabilité sociale et concertation : les défis du développement de nos quartiers

Une entrevue de Pierre Guillot-Hurtubise réalisée par Hugo Morissette

Plusieurs municipalités québécoises comptent de moins en moins de terrains en friche ou vacants et voient également le visage industriel se modifier petit à petit. De nouveaux quartiers résidentiels émergent dans des secteurs auparavant industriels, des zones commerciales se rapprochent de zones résidentielles ou encore des secteurs à mixité d’usage posent des défis de cohabitation. L’acceptabilité sociale devient donc un élément majeur à la réussite de projets immobiliers ou commerciaux. Cette sensibilité à l’acceptabilité sociale est de plus en plus présente et recherchée dans les nouveaux projets.

Chanceux de compter sur l’un des plus grands experts en acceptabilité sociale au Québec dans notre équipe, nous avons demandé à Pierre Guillot-Hurtubise de nous parler des défis qui attendent les investisseurs, les promoteurs ou encore la population en général dans le contexte actuel.

Quels sont les principaux éléments à considérer dans l’élaboration d’un projet ?

Dans toute planification de projet, il faut considérer plusieurs éléments reliés non seulement à la population, mais aussi au site d’implantation. Chaque site a son histoire, touche des citoyens, est assujetti à une réglementation, doit respecter un zonage particulier, etc. Et tous ces éléments sont régis dans une culture politique propre à un milieu de vie. Ainsi, bien comprendre le milieu d’insertion d’un projet est la pierre angulaire du succès. Ce sont sur ces connaissances qu’on basera la stratégie à déployer.

Quelle problématique vous cause le plus grand défi lorsque vous travaillez en acceptabilité sociale ?

Le plus grand défi réside certainement dans l’établissement d’un lien de confiance entre le client et la population. La confiance est la clé du succès pour tout le processus et c’est ce qui demande le plus de doigté. Je cherche toujours à obtenir la confiance de mes interlocuteurs, cela nous assure d’avoir des bases solides pour lancer les discussions et la démarche d’acceptabilité sociale. Sans cette confiance, le chemin risque d’être sinueux et parsemé d’écueils ! Arriver dans un mandat où le lien de confiance a déjà été brisé et où il faut le rebâtir peut aussi constituer un défi de taille ! Le travail en amont est crucial.

Quelle est la première chose que vous faites lorsqu’on vous demande d’élaborer une stratégie en acceptabilité sociale ? Y a-t-il une recette ou une marche à suivre qui peut servir de base ?

Tout d’abord, en acceptabilité sociale, il n’y a pas de recette applicable à tout type de projet. Chaque mandat est unique et doit être préparé selon sa propre couleur. En revanche, le travail en amont revêt une grande importance. Avec nos clients, nous développons toujours une stratégie qui prévoit les principaux gestes et actions à entreprendre avant qu’un dossier ne devienne public. Il faut ainsi faire l’échéancier réglementaire du projet, car celui-ci peut devenir public, notamment à la suite de l’adoption d’un avis de motion d’un conseil d’arrondissement ou d’un conseil municipal. Nous devons donc tenir compte du processus administratif et politique du milieu d’insertion. C’est ce qui distingue une stratégie axée sur la concertation avec la communauté d’une stratégie de gestion de crise en réaction à une mauvaise planification.

Et si tout le monde reste sur ses positions et qu’il semble n’y avoir aucune issue, que pouvons-nous faire ?

En acceptabilité sociale, rien n’est facile, nous jouons avec des perceptions, des émotions et des intérêts souvent intangibles. Il ne faut pas tout abandonner à la première embûche, au contraire, on doit se servir des commentaires, des suggestions, des craintes et des critiques pour comprendre l’autre partie. Il est assez fréquent de se retrouver dans une situation où l’issue semble inéluctable. Il faut donc chercher à obtenir l’adhésion de la majorité, et cela passe très souvent par la bonification du projet, en faisant valoir un compromis et ses avantages. Cette bonification doit être balisée en fonction de la faisabilité financière et technique du projet. C’est à ce moment qu’une stratégie de communication classique s’avère nécessaire.

Avez-vous la même approche pour un projet local de petite envergure et un projet de requalification d’un secteur ou d’un quartier ?

Oui et non. Oui, car les principes de base restent les mêmes. Mais non, car il n’y a pas d’approche toute faite que nous pouvons appliquer à tous les projets, que le projet soit local ou régional, grand ou petit, les principes d’écoute, de respect et d’ouverture aux opinions des autres sont au centre de toutes les actions. Le type d’approche ne diffère pas en raison de l’étendue d’un projet, car deux petits projets locaux peuvent nécessiter des approches totalement opposées. Ou deux projets de requalification de secteurs peuvent présenter des stratégies d’action aux antipodes. Chaque cas est unique, c’est pourquoi il est important de connaître le milieu, le projet et les intérêts en cause.

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