Nos athlètes et la course aux commandites

par Sébastien Théberge


Nos médaillés olympiques canadiens ont vécu l’ultime honneur : la gloire en sol canadien. Il est faux de croire qu’ils deviennent riches du jour au lendemain. Selon plusieurs experts, nos médaillés font face à un obstacle de taille : la fatigue olympique. Mais il y a de l’espoir parce que le paysage des médias sportifs québécois est sur le point de changer.


Une partie du problème vient de l’épuisement financier des entreprises, durement touchées par la crise, qui ont augmenté leurs budgets en fonction des Jeux à Vancouver. Pourtant, la vague de patriotisme sans précédent qui a déferlé sur le pays a marqué toute une génération. On en parlera encore dans vingt ans.


Parallèlement, j’estime que la saga Tiger Woods a refroidi l’intérêt pour les grandes campagnes de commandite, celles dites «réputationnelles», jugées trop risquées et dispendieuses. Même chose pour le Crédit agricole qui n’a pas hésité à abandonner l’équipe de France en crise, durant la Coupe du Monde.


Selon Jean Gosselin, expert en marketing et commandites d’athlètes avec qui j’ai discuté du phénomène, les athlètes auraient tout avantage à explorer le circuit des discours et des conférences. C’est une niche nettement plus lucrative et «moins contraignante qu’une commandite d’entreprise, qui doit mesurer son investissement et insister sur la visibilité de l’entreprise ou d’un logo». Dans un article paru en février 2010, M. Gosselin a déclaré qu’un athlète médaillé d’or olympique peut espérer gagner jusqu’à 200 000$ en commandites mais qu’un tel exploit est rare.


Rappelons que c’est surtout par ses discours et ses conférences de motivation que Pierre Lavoie a fait grandir son événement, le Grand Défi Pierre Lavoie; son histoire personnelle a de quoi inspirer et donne une signification fondamentale et humaine à sa campagne publique et à l’appel aux commanditaires.


Incidemment, j’ai sursauté en voyant Pierre-Karl Péladeau en entrevue à Salut Bonjour!, s’apprêtant à enfourcher sa bicyclette aux côtés de Lavoie le matin du grand départ de l’événement puisque les commanditaires médias sont RDS et Astral!


Plus payant aux USA?


Et, face aux Américains, comment se positionne le Canada? Toujours selon M. Gosselin, « toutes proportions gardées, nous ne sommes pas moins généreux que peuvent l’être les corporations américaines. »


Bien qu’en effet, ce soit immédiatement après une victoire olympique que la «valeur» d’un athlète est la plus élevée, c’est l’année qui précède les Jeux qui offre le meilleur «rendement». Certains attendent le retour des sports d’hiver et des circuits de la Coupe du monde pour maximiser la «rentabilité» d’un athlète. D’autres, plus visionnaires, attendront 2013, soit une année avant les Jeux de Sotchi, puisque que la plupart des médaillés seront de retour en 2014.


Certaines comme Kaillie Humphreys (bobsleigh) ont lancé un programme de dons en ligne pour les particuliers. À mon avis, si un tel programme est bien intégré à une stratégie de relations publiques et de médias sociaux, il peut rapporter gros.


Autre problématique reconnue dans le milieu: mis à part le circuit de la FIS (Coupe du monde de ski) en Europe et la LNH, la très forte majorité des sports d’hiver présents aux Jeux ne bénéficient pas de l’appui systématique du monde des affaires et encore moins de visibilité médiatique. D’ailleurs, dans la famille olympique, on critique souvent le Canada pour n’en avoir que pour le hockey, qui prend une place gigantesque chez nous, tant dans l’espace des nouvelles que de la publicité.



Le nouveau paysage médiatique sportif québécois


Fait intéressant, l’avenir médiatique dans le monde du sport québécois va changer radicalement au cours des deux prochaines années: TVA et Radio-Canada ont toutes deux reçu l’approbation du CRTC d’exploiter des chaînes sportives spécialisées. Il y a fort à parier que les deux réseaux voudront être les premiers dès 2011.


Souhaitons que cette augmentation soudaine de l’espace médiatique et publicitaire au Québec bénéficie à ceux et celles qui continuent de nous inspirer et de nous représenter: les Bilodeau, Humphries, Montgomery, Saint-Gelais, Hamelin, Ricker, McIvor, Anderson, Nesbit, Hughes, Virtue et Moir et bien d’autres.


Des légendes.


Sébastien Théberge

A propos de l’auteur

Sur Twitter:  @SebTheberge

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Lectures et références:


Sophie Cousineau et le Crédit agricole : ici


Très bon propos de Duff Gibson sur ce sujet ici


Dans un long papier paru dans le Globe, Matthew Sekeres fait une analyse qui en a étonné plusieurs.


Randy Starkman, blogueur du Star, très près du sport amateur et olympique, s’est intéressé à cette question dans article paru en avril.


Vincent Brousseau-Pouliot de La Presse traite des commandites du Québec Inc. en date de février 2010 ici.



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