Inquiétudes économiques et fiscales: La décennie 2010 sera déterminante sur le plan des finances publiques

Les gouvernements sont à finaliser leur budget et les nouvelles risquent d’être mauvaises. Les déficits, qui sont réapparus au cours des dernières années et qui gonflent à chaque réévaluation, s’avèrent plus difficiles à éliminer que prévu. D’une part, la reprise économique s’avère moins solide et, d’autre part, ces déficits étaient moins conjoncturels qu’on aurait aimé le croire.


Résultat : tant à Québec qu’à Ottawa, on cherche maintenant à accroître les revenus et à comprimer certaines dépenses. On devra annoncer des choix difficiles, impopulaires et, surtout, préparer le terrain pour les années qui viennent.


La réaction des gouvernements à la crise a sans doute permis d’aplanir ses effets sur l’emploi à court terme, mais elle lègue un endettement accru qui, malheureusement, n’aura pas servi à accroître significativement la compétitivité de notre économie, à soutenir la création d’emplois à plus long terme.


Économie encore vulnérable et fragile

Les nuages planent toujours dans le ciel économique au Québec comme au Canada. Les craintes exprimées par les banquiers à l’égard du surendettement des familles et la réaction du gouvernement fédéral – qui a contraint l’accès à l’endettement pour l’acquisition immobilière – sont très révélatrices de préoccupations quant à l’existence d’une « bulle » immobilière chez nous. L’ « effet de richesse » ressenti par les ménages, qui les pousse à consommer et à investir davantage, serait donc en bonne partie le fruit de la spéculation, elle-même dopée aux bas taux d’intérêt.


Pas besoin d’être économiste pour comprendre la suite.

Cette fois-là, les gouvernements ne pourront plus venir à la rescousse. Ils ont tout donné la dernière fois, pour refaire nos infrastructures notamment et tenter de maintenir les niveaux d’emplois à court terme. Mais en voulant sauver l’économie, ces gouvernements pourraient aussi devenir la source de nouveaux problèmes, comme on le constate dans certains pays européens comme en Grèce, en Espagne, en Irlande et au Portugal : sans aide extérieure, ils pourraient bien être incapables de s’en sortir.


Besoin de leaders, pas de cheerleaders

Il va de soi qu’un ministre des Finances, au même titre qu’un gouverneur de banque centrale doit être prudent lorsqu’il annonce les perspectives économiques. Une pointe d’alarmisme dans un discours est susceptible d’avoir des effets dommageables. Mais il ne peut être un cheerleader non plus, en faisant croire que ça va mieux alors que ce n’est pas le cas.


La politique est toutefois ce qu’elle est : l’élu n’aime jamais dire ce que le citoyen ne souhaite pas entendre et l’écart se creuse ainsi entre la réalité des finances publiques et sa compréhension par le citoyen. Un cercle vicieux qu’il faut briser. Le leadership, l’effort d’explication et de concertation ainsi que le rejet de toute tentation de procrastination politique — en cherchant à répondre à des problèmes moins importants — constitueront sans doute les clés du succès.


Plus qu’un simple exercice comptable, un défi intergénérationnel

Sur le plan fiscal, la décennie 2010 sera possiblement aussi déterminante que l’a été la décennie 1990. Mais, cette fois, l’enjeu ne se limitera pas à une addition de revenus et à une soustraction de dépenses de programmes. L’effet du « baby-boom » sur le marché du travail et la diminution du poids économique des pays occidentaux se feront pleinement sentir au cours des dix prochaines années et les enjeux liés aux acquis devront également être mis en lumière (fonds de retraites, quantités de services offerts, conditions et nombre d’emplois dans le secteur public, etc.).


Toutes les réponses ne sont pas entre les mains des ministres des Finances et tout ne se règlera pas au moment où seront déposés les budgets. Il faut toutefois compter sur eux pour expliquer l’ampleur de la tâche qui nous attend et espérer qu’ils évitent de laisser croire que tout ira bien si on augmente simplement un tarif ou une taxe ou si on opère une révision administrative des dépenses. Ce serait trop facile. Ce serait, encore, repousser le problème.

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