Archives de l'auteur

25
mars

La sécurité des personnes âgées
Rédigé par Yves Dupré

Quelques évènements récents sont venus jeter de l’ombre sur l’image (déjà sérieusement ternie) des CHSLD et relancer le débat sur la sécurité des personnes âgées en foyer d’accueil.


Depuis Saint-Charles Borromée (rebaptisé depuis), où une vidéo est venue prouver la maltraitance, ce sujet reste extrêmement délicat. L’opinion publique pointe un doigt accusateur à ces centres (tout particulièrement les centres privés) laissant entendre qu’il y a nécessairement mauvais traitement. Toutefois, dans une lettre ouverte aux médias, une préposée dans un centre est venue expliquer que la solution au problème des chutes n’est pas aussi simple qu’il y paraît.


Tout cela pour illustrer qu’il y a souvent un écart important entre la réalité et la perception.


Personne ne conteste l’importance d’assurer la sécurité des personnes âgées hébergées en CHSLD mais la perception, elle, est tenace. Il est bien clair que chaque centre doit faire le maximum pour que rien ne vienne entacher sa réputation mais, sans un effort de communication concerté, il y a fort peu d’espoir que la perception change.


Chaque nouvel accident (on parle ici de chutes et de bains trop chauds) entraînera les médias dans une nouvelle chasse aux sorcières. Il est donc essentiel que la position des centres dans son ensemble soit communiquée, et ce, suffisamment fortement et longtemps pour espérer un changement d’attitude durable.


Évidemment en pareille circonstance, on pense aussitôt à la publicité télévisée. Sans en nier l’efficacité, il faut souligner que l’apport des relations publiques, tout en étant beaucoup moins onéreuse, est très stratégique. En effet, un plan de relations publiques placé sous le parapluie d’un regroupement de centres peut non seulement contrebalancer l’effet négatif des mauvaises nouvelles mais peut, en y mettant le temps et les efforts, changer les perceptions.


Pour cela, il faut constituer une banque de cas (personnaliser les initiatives heureuses) et élaborer un plan d’intervention médiatique soutenu. Les médias ne demandent pas mieux que d’être informés des programmes de sensibilisation à la sécurité, développés par différents centres à Montréal et en région.


La parution des initiatives prises ici ou là atteindra non seulement l’opinion publique en général mais, également et surtout, les parents de personnes hébergées qui seront les premiers intéressés et les meilleurs promoteurs des mesures les plus originales.



18
mars

L’image de l’image
Rédigé par Yves Dupré

Par Yves Dupré

Président du conseil


En quelques jours, trois grandes histoires, dans des secteurs complètement différents les uns des autres, celles de la LNH, des CHSLD et du nucléaire ont causé de violents chocs mettant sérieusement en péril leur image respective auprès de l’opinion publique.


Rappelons sommairement les faits…


En ne sévissant pas contre un joueur (Zdeno Chara) ayant causé une commotion cérébrale à un adversaire (Max Pacioretty), la LNH est très sévèrement blâmée (pour voir la vidéo, on clique ici). Cette affaire ramène à la surface toute la question de la violence au hockey et, en particulier, le recours aux coups à la tête.


Du côté des CHSLD, les chutes de deux personnes âgées, alors qu’elles séjournent dans des centres de soins de longue durée, soulèvent l’indignation et rappellent des événements malheureux survenus à Saint-Charles-Borromée en 2003. Le sort des personnes âgées en perte d’autonomie relance un vieux débat sur le maintien à domicile.


Enfin, la sécurité des centrales nucléaires est remise en question partout dans le monde à la suite du tremblement de terre au Japon.


On l’aura compris, une constante dans ces trois cas c’est qu’il s’agit de dossiers pour lesquels l’opinion publique a déjà été échaudée et, il faut bien le constater, a fermement fait sentir sa réprobation. Les plaies sont restées vives et, semble-t-il, les remèdes se font toujours attendre.


Autre constante à remarquer : l’intérêt des trois cas porte sur la sécurité des personnes. À des niveaux très différents, j’en conviens, mais non moins concordants. Ainsi, au-delà de l’image des organismes en cause, c’est de l’image de la sécurité des personnes dont il est ici question.


La responsabilité sociale desdits organismes est ainsi décuplée. Non seulement s’attend-on – et avec raison faut-il le dire – à ce que ces organismes se montrent à la hauteur des responsabilités qui leur incombent mais encore, à cause des taches déjà présentes au dossier, qu’elles proposent et mettent en œuvre des solutions acceptables et qu’elles le fassent rapidement.


Ces trois cas, qui se sont déroulés en simultané durant dix ou douze jours, parlent éloquemment du phénomène de l’image de l’image.


L’image que l’on se fait de la sécurité des personnes en général transcende l’événement que rapportent les médias et, compte tenu du souvenir encore frais de l’expérience négative, l’opinion publique très vite exacerbée se montre implacable. Elle cherche des coupables et s’attend à des solutions sur-le-champ. Gérer ce genre de crise demande conséquemment un niveau élevé de préparation, un porte-parole aguerri et un suivi de tous les instants.

22
février

Simplisme et désinformation chez les médecins spécialistes
Rédigé par Yves Dupré

La Fédération des médecins spécialistes, comme l’éléphant caché derrière un arbre, tente de nous faire avaler son appétit salarial en jouant à l’économiste du dimanche dans une campagne web/télé où le simplisme côtoie la désinformation.


En effet, nos médecins-économistes soutiennent sans sourciller que le système dispose (disposerait, disposera, c’est selon) de sommes importantes qu’il lui suffit d’aller cueillir comme des fleurs dans un pré. Ainsi, il suffirait au gouvernement de taxer la malbouffe à hauteur de 15% pour engranger 350 millions de dollars et les bouteilles d’eau à 20 cents pour récupérer 200 millions. Ainsi, 500 millions de plus dans les coffres de l’État en criant lapin. Enfin, pas tout à fait 500 millions parce qu’une part (mais on évite de dire laquelle!) ira au paiement des salaires des spécialistes, si j’ai bien compris.


Mais nos spécialistes ne se contentent pas de fouiller dans nos poches, ils proposent, sans broncher, une taxe de 1 cent le kWh aux grandes entreprises manufacturières sans se préoccuper le moins du monde de l’impact désastreux que cela aurait sur l’activité économique dans son ensemble et sur les emplois en particulier, ni du fait que l’impact serait particulièrement senti en région.


Même idée brillante pour les entreprises grandes utilisatrices d’eau; une redevance et, hop, 78 millions de plus à offrir aux spécialistes. Même raisonnement simpliste pour la construction des routes et la loi sur les mines.


Lorsque vient le temps d’attaquer les médicaments génériques (secteur que je connais particulièrement bien), on ajoute la désinformation à la panoplie d’instruments simplistes. Ainsi, on pourrait économiser 300 millions en réduisant le prix des génériques au niveau de l’Ontario et de l’Alberta. Mais il y a là un os: une loi québécoise, vieille d’au moins 10 ans et à laquelle tous les fabricants de génériques se conforment, prévoit que le Québec doit bénéficier automatiquement du prix le plus bas au Canada. Le Québec est actuellement l’endroit au Canada où les prix des génériques sont les moins élevés. Pourtant, si on cherche à économiser sur les médicaments, il suffirait aux spécialistes de prescrire des génériques (lorsqu’il y en a, bien entendu) au lieu des très coûteux médicaments d’origine, et ce, sans recours à aucune loi, sans pénaliser qui que ce soit. On réaliserait instantanément une économie récurrente de près de 450 millions par année. Le Québec atteindrait ainsi un niveau d’utilisation des génériques égal à celui du reste du Canada (26% au lieu des 17,7% actuel). Ils pourraient d’ailleurs commencer dès cet été en prescrivant la version générique du Lipitor que le gouvernement continuera, lui, à rembourser au prix le plus fort: un coût direct de 10 millions par mois pour les 22 prochains mois. De cette manière, les spécialistes pourraient montrer patte blanche et s’attirer cette sympathie dont ils auront grand besoin dans les semaines à venir.


Cette campagne (dont le coût demeure un secret bien gardé) en dit finalement plus long sur le désarroi des spécialistes que sur les secteurs économiques qu’elle prétend semoncer. Elle rejaillit négativement sur l’image de ces professionnels de la santé et rappelle sournoisement l’importance des sommes qui leur sont versées par le gouvernement.


Mon grand-père disait «Quand on crache en l’air…»