Au lendemain du scrutin du 2 mai, qui aura vu la fameuse « vague orange » déferler sur le Québec, les interprétations partisanes tiendront le haut du pavé : la fin de l’idéal d’indépendance, l’influence des valeurs québécoises dites « de gauche » face à la montée conservatrice, et quoi d’autre.
Tout le monde sera d’accord pour dire que le choix du NPD au Québec ressemble beaucoup à choisir l’option « Aucune de ces réponses » dans un questionnaire. Reste à savoir pourquoi les Québécoises et les Québécois ont choisi cette option.
Lorsqu’on retire les lunettes constitutionnelles par lesquelles on examine toujours la conjoncture politique, on constate invariablement que l’intérêt du plus grand nombre réside dans la volonté d’une plus grande richesse, d’une meilleure aisance sur le plan économique.
Le sondage QMI-Léger Marketing, intitulé « Le Québec de mes rêves » et publié en novembre 2010, montrait bien ce désir d’enrichissement, particulièrement présent chez les jeunes adultes qui estimaient, à 72 %, qu’ils seraient plus riches d’ici 2020. Ce segment de la population qui souhaite tant s’enrichir est également celui, selon d’autres sondages, qui appuie par la plus forte proportion le NPD. Alors que s’accroît indéniablement l’écart entre les riches et les pauvres, ce désir d’enrichissement pourrait s’exprimer autrement : la crainte de la pauvreté.
Ce même sondage montrait l’immense désarroi des Québécoises et des Québécois devant la corruption, le mensonge, l’incompétence et le gaspillage des fonds publics. Autour de 40 % des répondants affirmaient sans ambages que les politiciens « sont corrompus ». Que cette situation soit réelle ou relève simplement d’une perception, elle entraine néanmoins un vaste sentiment d’impuissance devant les systèmes politiques, qu’il s’agisse d’Ottawa, de Québec ou des municipalités.
C’est pourquoi le choix « Aucune de ces options », représenté par le NPD, trouve son sens dans un rejet profond du système fédéral, moins en tant que fédéral mais plutôt en tant que système, dans ce qui ressemble beaucoup à une rebuffade plus ou moins futile face aux grandes administrations publiques.
Ce désarroi n’est pas propre au Québec et n’aurait peut-être pas suffi à ce que le NPD raye le Bloc Québécois de la carte. Cependant, à l’image d’un groupe de piétons qui attend sagement sur le trottoir, il suffit que l’un d’entre eux choisisse de traverser au feu rouge pour que le groupe entier s’y engage à la suite. Certains Québécois, parmi eux l’historien Éric Bédard, ont d’abord choisi de faire ce premier pas. Imités par des milliers d’autres, c’est le Québec en entier qui, au sein de la fédération canadienne, a fait ce premier pas à son tour. Qui sait quels auraient été les résultats si cette campagne électorale avait duré 10 jours de plus.
Finalement, avec un gouvernement majoritaire de droite et une opposition officielle centralisatrice, le Québec ne se trouve certainement pas en meilleure position politique ce matin. Fédéralistes ou souverainistes, ceux qui croyaient hier que l’idée d’indépendance s’était éteinte n’ont qu’à bien examiner la carte électorale du 3 mai 2011 : un simple code de couleur leur permettra de réviser cette conclusion.
Louis Aucoin