Archives mensuelles: octobre 2015

Que reste-t-il après 73 jours de campagne électorale?

Chronique d’une fin de campagne

La campagne électorale 2015 est longue, très longue (la deuxième plus longue de l’histoire canadienne!). Ce calendrier représente un énorme défi pour les organisations électorales, tant en matière logistique, financière, communicationnelle que, bien entendu, humaine.

Une élection, ce sont des momentums, des cycles, des engagements que les chefs et leur parti tentent de mettre de l’avant… ainsi que des surprises qui arrivent de nulle part et modifient les agendas électoraux. La participation record au vote par anticipation démontre un intérêt réel pour l’exercice électoral en cours ainsi que la force des organisations électorales en lice. Au Québec, pour la première fois, il y a 4 partis politiques disposant d’importants moyens qui « travaillent » le terrain pour faire sortir le vote.

Nous sommes dans la dernière semaine, le dernier sprint et chaque parti tente de faire passer un message final pour solidifier sa base, mobiliser ses partisans et, autant que possible, convaincre les derniers indécis. Ces messages sont souvent ceux que les partis politiques souhaitent « mettre dans la tête des électeurs » pour le moment décisif du vote.

Alors, à quoi s’attendre de la part de chaque parti pour ces derniers jours de campagne?

 

Parti conservateur du Canada

Premier ministre depuis près de 10 ans, Stephen Harper a l’avantage de la stabilité et de la crédibilité, mais le désavantage de l’usure, ce que tentent de mettre de l’avant tous les autres chefs de parti en affirmant que c’est une élection « pour remplacer M. Harper ».

Le chef conservateur veut mettre de l’avant la stabilité qu’offre son gouvernement et le risque représenté par les autres partis. À cet égard, il cible clairement Justin Trudeau comme son principal adversaire et il se positionne en opposant la stabilité de son gouvernement aux hausses d’impôts et de taxes annoncées par les autres partis, mais plus particulièrement par les libéraux de Justin Trudeau.

Au Québec, l’architecture électorale permet d’envisager des gains pour le Parti conservateur, particulièrement dans la région de la Capitale-Nationale. Les conservateurs interpellent les Québécois dans leur publicité sur les points en commun avec le Parti conservateur. À ce titre, les récentes sorties des ministres conservateurs au Québec (ici, ici et ici) visent le même objectif en plus de chercher à dépersonnaliser l’élection en démontrant qu’il ne s’agit pas d’un référendum sur Stephen Harper, mais bien d’une élection pour leur avenir.

À quoi s’attendre? Un Stephen Harper rassurant portant un discours à saveur économique.

La phrase clé : « La stabilité du gouvernement plutôt que les hausses de taxes et d’impôts… des libéraux. »

 

Parti libéral du Canada

 Les libéraux de Justin Trudeau disposent d’une petite avance dans les sondages et la perspective de former le prochain gouvernement emballe les troupes libérales.

Le candidat Trudeau vise deux objectifs pour la fin de cette campagne : maintenir le momentum et insister sur l’unité. Premièrement, il s’agirait donc de maintenir le momentum du PLC auprès des forces progressistes d’abord, puis auprès de l’électorat anti-Harper en général. Le candidat libéral martèle que son plan est le seul susceptible de sortir le Canada de l’approche d’austérité des deux autres partis aspirant à prendre le pouvoir. L’argumentaire progressiste est mis de l’avant afin de présenter le chef libéral comme le défenseur de la classe moyenne.

Le second objectif cible le concept d’unité. Justin Trudeau en appelle à un vote au-delà des clivages idéologiques (sauf ceux des conservateurs) pour unir les Canadiens derrière le Parti libéral du Canada contre l’approche de la « peur et de la division » des conservateurs. Il cherche ainsi à ramener dans le giron libéral les indécis ainsi que les anti-Harper qui seraient tentés par le NPD.

À quoi s’attendre? Un Justin Trudeau confiant qui tente d’affermir son image de « premier ministrable » porteuse d’espoirs pour les ABH (anybody but Harper) avec un discours positif.

La phrase clé : « Nous avons un plan pour un meilleur Canada. »

 

Nouveau parti démocrate

Malgré un net essoufflement dans les sondages, les néo-démocrates tentent de convaincre l’électorat que ne n’est pas seulement possible, mais qu’une victoire est plausible et souhaitable.

On entendra souvent les troupes oranges répéter ce mantra : « Dans les circonscriptions clés partout à travers le pays, cette campagne électorale est une course à trois. Nous avons besoin de seulement 35 autres circonscriptions pour déloger Stephen Harper et former le prochain gouvernement. Les libéraux en ont besoin de plus que 100 ». En somme, l’idée est de réaffirmer que le NPD est LE parti pour remplacer les conservateurs (convaincre les indécis) et maintenir l’espoir de la victoire au sein des troupes.

Souhaitable parce que non seulement Thomas Mulcair est un homme prêt à gouverner – il met l’accent sur son expérience ministérielle –, mais parce qu’il incarne une véritable solution alternative progressiste. « Pharmacare, Childcare, Healthcare… Mulcair ».

À quoi s’attendre? Un Thomas Mulcair énergique et à l’attaque pour les derniers jours de la campagne. Quelques points de pourcentage feront une énorme différence dans son cas.

La phrase clé : « Nous sommes encore dans la course. »

 

Bloc Québécois

Le retour de Gilles Duceppe à la tête des troupes bloquistes était un pari risqué.

Le Bloc Québécois est rarement invoqué par ses adversaires, tant dans leurs discours que dans leurs publicités. C’est clairement une façon pour eux de le discréditer et de le stigmatiser comme un « parti du passé » (voir section en rafale).

Le défi est donc double pour le Bloc Québécois : défendre sa pertinence à Ottawa (ce qui n’est pas nouveau, mais qui se faisait plus facilement avec 50 députés) et convaincre les électeurs de « retourner au Bloc Québécois ». Ses plus récentes publicités désignent le NPD comme son principal adversaire tout en martelant l’opposition du Bloc à tous les autres partis politiques sur quelques enjeux ciblés : oléoduc, niqab, partenariat trans-pacifique, transferts fédéraux et fidélité au Québec uniquement.

Pour ce qui est de la pertinence du Bloc Québécois, son chef a su garder le même discours au cours de tous les débats. Il rappelle systématiquement les gains obtenus par le Bloc Québécois à Ottawa pour ensuite exprimer sa position sur les enjeux actuels et souligner sa différence avec les autres partis (voir l’entrevue à Tout le monde en parle). Il mise sur un gouvernement minoritaire pour réaffirmer toute la pertinence du Bloc Québécois (Voir à une minute 14 secondes) à Ottawa « pour faire gagner le Québec ».

Le discours de Gilles Duceppe se décline ainsi depuis quelque temps déjà, mais semble prendre tout son sens avec la remontée potentielle du parti dans les intentions de vote et dans sa capacité à faire élire quelques députés. C’est là un défi important pour le chef du Bloc : réitérer que même si les sondages actuels ne lui accordent pas le même appui que le 2 mai 2011, le Bloc sera en mesure de remporter plusieurs circonscriptions.

À quoi faut-il s’attendre?  Un Gilles Duceppe serein et énergique qui attaque tous les partis politiques pour se démarquer et démontrer qu’un Québec fort, c’est un Bloc fort.

La phrase clé : « Le Bloc est de retour pour défendre les valeurs du Québec. »

 

Les électeurs auront le dernier mot

Fait intéressant : la période de vote par anticipation s’est conclue par une participation record avec près de 2,5 millions de bulletins dans les urnes. Presque 10 % de participation, avant le jour J! Les quatre dernières élections ont vu des taux oscillant entre 58,8 % et 64,7 %. Les organisations politiques mettent de plus en plus d’efforts sur ce moment et cela parait!

Qui réussira à mobiliser davantage son électorat? Qui sera en mesure de faire passer son message auprès des indécis ou des potentiels abstentionnistes? Réponse le 19 octobre en soirée.

D’ici là, peu importe votre choix, vous êtes tous invités à effectuer votre devoir de citoyen et à voter. 

Partis politiques campagne électorale fédérale 2015

 

 

 

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